Disjoncteur différentiel A AC et véhicules électriques : est-ce suffisant pour la recharge ?

Le disjoncteur différentiel A AC reste l’un des équipements les plus courants dans les tableaux électriques résidentiels français. Dès qu’il s’agit d’installer une borne de recharge pour véhicule électrique, sa pertinence devient une question technique précise, avec une réponse normative claire : le type AC est interdit pour les installations IRVE, et le type A seul est insuffisant dans la majorité des configurations.

Courants continus lisses : la limite structurelle du différentiel AC et A

Un différentiel de type AC ne détecte que les courants de fuite sinusoïdaux, c’est-à-dire les fuites en courant alternatif pur. Les chargeurs embarqués des véhicules électriques produisent des composantes continues ou pulsées. En présence d’un courant continu lisse supérieur à 6 mA, un différentiel AC devient aveugle : il ne déclenche plus, même si une fuite dangereuse existe côté installation.

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Le type A améliore cette couverture en détectant les courants sinusoïdaux, pulsés et redressés. Mais il ne détecte pas les courants continus lisses. Or, un défaut d’isolement côté convertisseur peut générer exactement ce type de courant. Un différentiel de type A sans dispositif complémentaire ne couvre pas l’ensemble des défauts produits par un chargeur de mode 3.

La norme NF C 15-100-7-722 et les exigences IRVE depuis 2025

La NF C 15-100 intègre depuis sa mise à jour une section dédiée à la recharge des véhicules électriques, référencée NF C 15-100-7-722, qui remplace le guide UTE C 15-722. La période de transition s’est achevée en 2025 : toute nouvelle installation IRVE doit s’y conformer.

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Cette section fixe des exigences précises sur le type de protection différentielle selon la configuration. Le type AC y est explicitement exclu. Le choix entre type A et type B dépend directement de la borne utilisée.

Un point distinct du débat sur les types : chaque point de recharge doit disposer d’un différentiel dédié, non partagé avec d’autres circuits. Un différentiel de type parfaitement adapté mais protégeant simultanément d’autres usages ne rend pas l’installation conforme.

Borne de recharge pour véhicule électrique installée sur un mur en brique avec coffret de disjoncteur différentiel ouvert visible à côté

Type A avec détection 6 mA DC intégrée : les conditions de validité

La solution la plus fréquemment déployée associe un différentiel de type A 30 mA à une détection de courant continu résiduel de 6 mA, intégrée dans la borne elle-même. Cette fonction est standardisée par la norme IEC 62955 (RDC-DD). Lorsqu’elle est présente et certifiée dans la borne, un type A en amont est suffisant au regard de la protection différentielle.

La difficulté pratique est là : une mention commerciale « détection DC » dans une fiche produit ne suffit pas à établir la conformité à l’IEC 62955. Il faut vérifier la documentation technique de la borne, idéalement le rapport d’essai ou la déclaration de conformité du fabricant. Sans cette vérification, supposer que la détection 6 mA DC est présente et fonctionnelle est une erreur d’installation.

  • Vérifier la conformité IEC 62955 dans les documents techniques du fabricant de la borne, pas uniquement dans la fiche commerciale.
  • Contrôler le type de sortie différentielle : certaines bornes intègrent un DDR interne complet, d’autres se contentent d’une alarme sans coupure automatique.
  • Demander la documentation au distributeur avant toute commande, car les caractéristiques varient selon les références d’un même constructeur.

Quand le différentiel de type B s’impose pour la recharge

En l’absence de détection 6 mA DC dans la borne, le type B est la seule solution conforme. Il détecte les courants sinusoïdaux, pulsés, redressés et les courants continus lisses, ce qui couvre l’intégralité des formes de défaut produites par un chargeur de véhicule électrique.

Le type B est également obligatoire pour les installations triphasées à forte puissance, et pour toute borne de mode 3 dont la documentation technique ne mentionne pas explicitement la conformité IEC 62955. Son coût est sensiblement plus élevé que celui d’un type A, mais il simplifie l’analyse de conformité : pas de condition suspensive liée à la borne.

Type F : une alternative intermédiaire avec conditions

Le type F, parfois désigné HPI, offre une meilleure immunité aux perturbations électromagnétiques par rapport au type A. Il détecte les mêmes formes de courant que le type A et convient aux installations avec équipements variables de fréquence. Mais il présente la même limite : sans détection 6 mA DC intégrée à la borne, il ne couvre pas les courants continus lisses. Les conditions de validité sont identiques à celles du type A.

Récapitulatif des configurations différentielles pour borne de recharge

Type de différentiel Courants détectés Validité IRVE
AC Sinusoïdaux seulement Interdit
A Sinusoïdaux + pulsés Valide si borne avec IEC 62955 certifiée
F (HPI) Sinusoïdaux + pulsés + haute fréquence Valide si borne avec IEC 62955 certifiée
B Tous types, y compris DC lisse Toujours valide

Prise renforcée 32 A et différentiel : même logique, même contrainte

La prise renforcée de type 3,2 kW ou 8 kW (Green’Up ou équivalent) est parfois considérée comme une solution moins exigeante. La NF C 15-100-7-722 s’applique aussi aux prises renforcées dédiées à la recharge, pas uniquement aux bornes Wallbox. Un différentiel AC en protection d’une prise renforcée utilisée pour recharger un véhicule électrique reste non conforme.

Pour une prise renforcée mode 2, la puissance limitée réduit le risque de courant continu lisse significatif, mais la réglementation ne prévoit pas d’exception formelle liée à la puissance pour l’exclusion du type AC. Le type A reste le minimum requis, avec le même questionnement sur la détection DC selon l’équipement connecté.

Nous recommandons, dans tous les cas, de faire réaliser l’installation ou la vérification de conformité par un installateur qualifié IRVE, seul compétent pour attester de la conformité à la NF C 15-100-7-722 dans sa version en vigueur. Un différentiel de type A bien dimensionné, associé à une borne certifiée IEC 62955, constitue une solution technique valide et économiquement raisonnable. Le type B reste la référence sans condition, notamment lorsque la borne installée ne fournit pas de documentation technique précise.